Pourquoi j’ai décidé de me mettre en retrait du groupe LaREM

Pourquoi j’ai décidé de me mettre en retrait du groupe LaREM

J’ai pris la décision de prendre mes distances avec le groupe parlementaire La République en Marche et d’y être simplement apparentée.

Ce fut une décision difficile à prendre.

Je vous invite à retrouver – ci-dessus – le communiqué de presse dans lequel j’explique ma décision et – ci-dessous – le contenu du mail que j’ai adressé à l’ensemble de mes collègues.

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Cher.e.s collègues,

J’ai pris la décision de me mettre en retrait du groupe LaREM, tout en restant dans la majorité parlementaire puisque je serai désormais députée apparentée LaREM.

Il y a deux ans, nous nous sommes rassemblé.e.s autour d’un homme, autour d’un projet. Et surtout, autour de valeurs communes. Mu.e.s par la volonté de construire ensemble une société plus juste et plus équitable, nous nous sommes engagé.e.s à nous attaquer aux injustices et aux inégalités sociales.

Je ne rougis pas de notre bilan qui – j’en suis sûre – portera ses fruits : augmentation des minima sociaux, réforme de la formation professionnelle et de l’apprentissage, loi sur le logement, mise en œuvre du reste à charge zéro, ou encore lutte contre la désertification médicale. Mais depuis plusieurs mois, nous avons été contraint.e.s de composer avec une crise sociale et politique d’une ampleur rarement égalée.

Je crois toutefois que nous ne sommes pas parvenu.e.s à faire face à cette crise. Car si nous avons entendu la colère qu’ont exprimé les Français.e.s, nous ne l’avons pas suffisamment écoutée. Je ne veux pas non plus me cacher derrière un « nous » collectif qui minimiserait ma responsabilité. J’entends et je comprends le ras-le-bol général. Que cela n’aille pas plus vite. Que cela n’aille pas plus loin. Que certain.e.s se sentent exclu.e.s de cette politique. Que certain.e.s croient en l’injustice.

Car les Français.e.s ont exprimé leur envie d’une société renouvelée, d’un véritable changement de paradigme. Que ce soit en matière de justice sociale, ou de transition écologique. Dans les solutions que nous leur avons proposées, nous avons négligé le fait que l’une et l’autre sont indissociables.

Que dire d’ailleurs de la transition écologique, dont nous nous targuons d’être les grand.e.s défenseur.se.s – depuis les élections européennes. Notre action n’est pas à la hauteur du réveil citoyen de ces derniers mois en matière d’environnement et de transition écologique (rapport du GIEC, etc). Ne nous y méprenons pas, l’écologie n’est pas encore notre priorité.

Notre société se fracture, nous avions promis de la réparer. Que faisons-nous pour cela ? Nous votons des lois restreignant les libertés individuelles (PPL anticasseurs et PJL SILT). Face à la colère exprimée par nos concitoyen.ne.s, nous brandissons la violence plutôt que de chercher l’apaisement.

Et puis, enfin, la lutte contre les inégalités entre les femmes et les hommes. Nous ne parviendrons pas à éradiquer les violences de genre si nous ne sommes pas prêt.e.s à débloquer d’importants moyens financiers et à prendre le problème à la racine, en s’attaquant aux causes et non pas uniquement aux conséquences.

Ces valeurs – que nous avons portées haut et fort pendant la campagne – ne s’incarnent pas suffisamment dans nos choix politiques.

Je voudrais dire deux mots également du fonctionnement du groupe parlementaire qui incarne – selon moi – le revers du « en même temps », et qui, je le sais, nourrit une frustration collective dans nos rangs.

Ce « en même temps » qui devait faire notre force. Celui qui sonnait comme la promesse d’une politique basée sur l’écoute, le dialogue et le respect.

Nous avions promis d’être les représentant.e.s d’un nouveau monde, aux nouvelles méthodes.

Nous avions promis de changer les manières de faire, de garantir plus de transparence et d’efficacité, toujours dans le respect de notre diversité.

Pourtant, si les têtes ont changé, les règles de la maison sont restées les mêmes. Notre rôle n’est pas simplement de faire le SAV du Gouvernement, nous devons être force de proposition. Mais comment le faire au sein d’un groupe qui n’est pas parvenu à s’instituer comme un espace de dialogue et de débat ?

Et puis, de quelle diversité parlons-nous ?

Mon opposition au texte de ratification du CETA m’a value d’être écartée du groupe de travail sur la bioéthique.

Notre diversité est notre force, alors ne la faisons pas taire dès qu’elle s’exprime.

Je continuerai à travailler à vos côtés, pour que l’on porte ensemble les causes autour desquelles nous nous sommes rassemblé.e.s. Je pense tout particulièrement à la lutte contre les discriminations et à l’égalité entre les femmes et les hommes.

A bientôt,

Albane