Quotas d’immigration : le retour d’une mauvaise idée

Quotas d’immigration : le retour d’une mauvaise idée

Alors qu’Emmanuel Macron a remis l’idée à l’ordre du jour dans sa lettre aux Français de janvier 2019 en évoquant des « objectifs annuels » sur l’immigration, le ministre de l’intérieur l’a pris au mot en expliquant il y a quelques jours que la question pourrait être posée dans le cadre du débat annuel au Parlement.

L’idée n’est pas neuve, elle figurait déjà dans le programme présidentiel de 2017.

Non pas dans celui d’Emmanuel Macron, mais dans celui de François Fillon.

Concept tout droit venu de la droite, cette idée de débattre chaque année au Parlement des quotas migratoires semble peu compatible, non seulement avec le principe de non-discrimination qui fonde notre République, mais également avec la réalité de terrain que nous décrivent les associations.

Si les quotas ne devraient pas concerner l’asile, puisque cela serait contraire aux engagements internationaux de la France, n’y échapperaient pas les titres de séjour au motif de la vie privée et familiale – qui sont les plus nombreux -, l’immigration du travail ou encore les visas étudiants.

Outre le principe d’égalité devant la loi sans distinction d’origine, de race ou de religion, notre Constitution ancre un certain nombre d’autres principes, comme le droit de mener une vie de famille normale ou la liberté du mariage. Imposer des quotas concernant la vie privée et familiale, c’est transiger sur ces grands principes qui sont le ciment de notre société.

C’est transiger sur ces grands principes, mais c’est également méconnaître profondément l’immigration et ses motivations. Comment imaginer que l’on puisse estimer à l’avance le nombre de personnes qui demanderont un titre de séjour « vie privée et familiale » ou qui décideront d’épouser un.e Français.e ?

Souhaite-t-on, demain, pour reprendre les mots d’Emmanuel Macron en 2017, « avoir un quota de Maliens ou de Sénégalais d’un côté, d’informaticiens, de bouchers de l’autre, comme certains le proposent ? ». Le Président l’affirmait à l’époque : « un tel dispositif serait quasiment impossible à piloter ».

Ne soyons pas hypocrites. Les quotas ne sont rien d’autre que l’avatar d’une « immigration choisie ». Expression qui – je le rappelle – n’est autre que celle de Thierry Mariani en 2006, passé au Rassemblement national depuis. Doit-on également rappeler que même Nicolas Sarkozy a abandonné l’idée ?

La logique des quotas est celle du contrôle d’une politique migratoire qui associe l’immigration à un problème. Ce n’est pas la manière dont je vois les choses.

Un rapport de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) publié en juin dernier déconstruit les principaux préjugés sur l’immigration : non seulement il est faux de dire que l’accueil des immigré.e.s « rajouterait du chômage », mais en plus les flux migratoires augmentent la demande en stimulant la consommation, ce qui crée potentiellement des emplois dans les autres secteurs. De même, si l’immigration est souvent perçue comme un facteur aggravant pour les finances publiques, les personnes parviennent dans la plupart des cas à trouver un emploi et à contribuer à l’économie.

Ne faisons pas de l’immigration une difficulté. Au contraire, voyons-la comme une chance pour notre société. Une chance de vivre ensemble. Une chance de faire société ensemble, indépendamment de notre origine.

Pour cela, il est fondamental que nous travaillions à l’amélioration des conditions d’accueil et d’intégration des migrant.e.s, en mettant en place – entre autres – un accompagnement global, qui inclut aussi bien l’accès au logement qu’à l’emploi.