Déclaration de politique générale : ma lecture du discours du Premier ministre

Déclaration de politique générale : ma lecture du discours du Premier ministre

Le discours de politique générale* du Premier ministre s’est tenu hier après-midi.

Avant toute chose, je tiens à dire qu’Edouard Philippe a su présenter, avec clarté et méthode, le calendrier de réformes à mener pour répondre aux défis que nous impose cette deuxième partie de quinquennat.

Nous le savons, nous devons engager des réformes qui replacent l’humain au centre et qui donnent une part importante à la transition écologique

Sur ce dernier point, le fait que le premier ministre ait démarré son propos sur cet axe peut donner une indication quant à l’importance que le gouvernement donne à ce sujet.

Nous devons réconcilier écologie et économie et nous n’y arriverons pas si la seule réponse est la punition fiscale des classes moyennes et populaires. La méthode est importante ! Les réformes ne pourront pas se faire par la contrainte mais par le dialogue et l’assentiment à notre politique.

L’urgence environnementale nous transcende tous. Comme l’a dit le Premier ministre, « plus personne n’a le monopole vert ». Surtout, nous devons tous sortir des vieilles postures idéologues et hors sol.

La question environnementale n’est pas la seule qui dépasse les clivages.

La lutte contre les discriminations, fondée sur l’orientation sexuelle, n’est pas une question de gauche ou de droite. Elle anime toutes les personnes qui s’inscrivent dans le champ républicain. Edouard Philippe a annoncé l’ouverture de la procréation médicalement assistée aux couples de femmes et femmes seules, mais également l’accès aux origines. Je m’en réjouis. D’autant plus que ces mesures font l’objet d’un large consensus et dépassent les querelles partisanes.

Toutefois, je resterai vigilante. Si le Premier ministre a su présenter avec pédagogie les réformes que nous devrons mener durant cette deuxième moitié de quinquennat, force est de constater qu’il manque véritablement l’annonce d’un virage social dans l’introduction de l’acte II du quinquennat.

Il existe bien une volonté de réduire les inégalités sociales, mais sous le prisme d’une vision qui ne prend pas forcément en compte toutes les sensibilités de notre majorité.

Notamment sur la question de la justice sociale. Cette belle valeur, partie intégrante de notre République sociale et solidaire, ne passe pas seulement par la valeur travail ou la prise en charge du chômage. Il existe des Françaises et Français, victimes des déterminismes sociaux, qui n’ont pas du tout accès au marché de l’emploi.

La question de l’émancipation par le travail ne peut se faire que s’il existe des mesures pour lutter contre l’assignation à résidence, toujours en faveur de l’ascenseur social et de l’égalité des chances.

Egalité des chances et égalité entre les femmes et les hommes sont deux sujets qui me tiennent particulièrement à cœur. En matière de système de retraite par exemple, je reste dubitative quant à la possibilité de mettre en place des mécanismes de correction des inégalités professionnelles entre les femmes et les hommes tout en maintenant un âge d’équilibre identique pour toutes et tous. Je m’inquiète de la confusion qui règne encore, à quelques semaines du rendu des conclusions du Haut Commissaire à la réforme des retraites, sur le devenir de l’âge de départ à la retraite. Le Président de la République s’est toujours prononcé en faveur du maintien de l’âge de départ à la retraite à 62 ans. Car ne soyons pas naïfs, la piste qui nous a été présentée de mise en œuvre d’incitations à travailler plus longtemps pourrait s’apparenter à une forme de recul de l’âge de départ à la retraite.

Et cette inégalité des chances ne concerne pas seulement l’accès à l’emploi, elle concerne l’accès aux soins, à l’éducation, et aux services publics en général. La création des maisons au service du public part d’une bonne intention, mais je regrette que cette mesure ne soit pas à la hauteur de nos ambitions.

Surtout, l’égalité des chances nous incite à penser la nécessité d’une véritable politique de la ville, ambitieuse et portée en faveur de l’accompagnement des personnes en situation de précarité.

Enfin, je m’interroge sur la confusion qui est faite entre la préservation de la laïcité, principe de liberté, et les questions religieuse (l’Islam) et sécuritaire (le terrorisme). Il me semble nécessaire de traiter ces questions de manière distincte afin de ne pas stigmatiser une partie de nos compatriotes qui n’aspirent qu’à vivre en fraternité.

Individuellement, mais également collectivement dans le cadre du tout récent « Collectif Social-Démocrate » que j’ai rejoint, je veillerai à défendre une conception de la justice sociale qui fait de la réduction des inégalités sociales et territoriales une priorité.

 

*Sous le régime de la Ve République, le Premier ministre peut prononcer devant les député.e.s un discours à l’occasion duquel il expose les grandes orientations de son programme de gouvernement, les principales réformes et mesures qu’il veut mettre en place. C’est ce que l’on appelle la déclaration de politique générale (DPG).

Cette déclaration a eu lieu hier à l’Assemblée nationale. Je vous en livre mon analyse.